Pendant ces années, il s’est passé énormément de choses.
Mon père est mort.
Puis ma mère est morte.
Et le plus difficile pour moi, c’est que je n’ai pas pu me rendre à leurs funérailles.
Je n’ai pas pu les voir une dernière fois.
Je n’ai pas pu venir, les prendre dans mes bras et leur dire au revoir.
Je n’ai même pas pu vraiment les appeler pour leur dire mes derniers mots.
Je suis resté en France.
Pour moi, il était impossible de retourner en Ukraine : en raison de mon ancien travail dans une chaîne d’opposition, je craignais des poursuites judiciaires.
C’est l’une des choses dont il est très difficile de parler.
Tu vis dans un autre pays, tu construis une nouvelle vie, tu travailles, tu élèves tes enfants… et quelque part, très loin, tes parents meurent, et tu ne peux même pas te rendre à leurs funérailles.
Ça, on ne l’oublie pas.
Le travail
Lorsque je suis arrivé en France, j’ai pratiquement commencé à zéro.
Pendant les deux premiers mois, j’ai travaillé dans un restaurant : je débarrassais les tables, je faisais des tâches simples et je m’habituais progressivement à ce nouveau pays.
Ensuite, j’ai commencé à travailler dans l’entretien des espaces verts : je tondais les pelouses, je m’occupais des arbustes et je faisais différents travaux en extérieur.
Plus tard, j’ai suivi une formation.
J’ai appris à utiliser des machines de nettoyage et des produits chimiques, et j’ai obtenu un diplôme.
Oui, je sais que ce ne sont que des cours professionnels.
Ce n’est pas une université et ce n’est pas une réussite extraordinaire.
Mais personnellement, ce diplôme a de l’importance pour moi.
Parce que c’est une formation que j’ai obtenue ici, en France.
Et cela me donne une petite raison d’être fier de moi.
Parfois, on n’a pas besoin de quelque chose de grandiose pour retrouver de la motivation.
Parfois, il suffit simplement de regarder un document sur lequel il est écrit que l’on a appris quelque chose et que l’on a réussi.
Où j’en suis aujourd’hui
Au moment où j’écris cet article, je travaille.
Je lave des fenêtres, des rampes et je fais différents travaux de ce genre.
J’ai de bons collègues, une bonne ambiance de travail et je continue à apprendre de nouvelles choses.
Je ne sais pas où ma vie me mènera dans cinq ou dix ans.
Mais je sais une chose : la France m’a donné la possibilité de recommencer pratiquement à zéro.
Et pour cela, je suis reconnaissant.
Un immense merci à la France et aux Français pour leur aide, leur soutien et la possibilité de construire une nouvelle vie.
Je comprends aussi que la présence des étrangers agace parfois certains Français.
Et je peux le comprendre.
Lorsqu’un grand nombre de personnes venant d’autres pays arrivent dans ton pays, cela crée inévitablement des problèmes, une pression supplémentaire sur le système social et certaines tensions dans la société.
Je ne vais pas faire semblant que ces problèmes n’existent pas.
Mais en même temps, il y a une chose que je respecte énormément en France : l’agression ouverte et la grossièreté envers les autres ne sont pas considérées comme normales.
Bien sûr, il y a des exceptions.
Mais dans l’ensemble, il existe ici une culture dans laquelle les gens essaient de respecter certaines limites.
Et je respecte cela.
C’est justement pour cette raison que j’essaie de considérer la France non pas comme un pays qui me doit quelque chose, mais comme un pays qui, à un moment donné, a donné à ma famille la possibilité de survivre, de recommencer et de construire une autre vie.
À partir de maintenant, je vais simplement vous raconter ma vie en France : ce que j’ai vu ici, ce que j’ai appris, les personnes que j’ai rencontrées, ce qui m’a surpris, ce que j’ai aimé et, au contraire, ce qui m’a déçu.
Il s’est passé énormément de choses intéressantes ici et j’ai beaucoup de choses à partager.
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Vive la France ! 🇫🇷
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